Al-Azhar

Un drap vert. Modelé pour tâcher la grisaille urbaine. On y vient après la fin du midi. Voir tomber l’orange derrière les pharaons. Sur les toits. Des antennes comme des pigeons.

Empêtrés dans un torrent boueux. A deux. Ils accrochent une pierre. Se parlent à voix basse. D’un souffle chaotique. Ils brisent par le rire l’eau sombre. Une fleur se tourne. Le soleil fuit. Un regard écarlate. Elle se lève. Lâche sa main, et l’eau se baisse.

Il a ce geste révolutionnaire
anonyme
invisible
il brandit haut l’étendard des sans raisons
sanguinolent
dans une ville qui voit le ciel se briser
il hurle silencieusement
retardant le salut
sans n’attendre rien
sans ne demander rien
en n’espérant presque rien
puis, il tombe dans un soupir.

Pluie lamentable

Assis. Faible et risible. Il a l’air mal
en point.

Palmier_1

Vieilli, la prostate gonflée, il secoue la tête. Il voudrait se lever et purger les champs emprisonnés. Déverser ses déjections tentaculaires sur le sol pollué. Mais rien ne vient. Renfrogné et sombre. Il vaudrait chialer. Inonder la surface contaminée. Une noyade annihilante et féconde. Mais rien ne sort.

Alors, faible et serein, sans se lamenter, le regard illuminé, il regarde tomber, l’une après l’autre, chaque goutte sombre de ses bras mutilés.